
El hombre hazino
L’empire Ottoman à la fin du XIX° siècle
Entre 1872 et 1912 la Sublime porte est devenue El ombre hazino de l’Europe, l’homme malade. Si l’empire ottoman est une proie à saisir, l’orient est d’une telle complexité que Lord Palmerston déclare: «trois personnes connaissent la question, la première est morte, la seconde est devenue folle, la troisième c’est moi et j’ai tout oublié.» . Il est vrai que l’immense Empire ottoman s’étire de la Roumanie à la Tunisie, et longe la mer rouge jusqu’au Yémen. Nous en connaissons vaguement les limites de l’empire par nos parents qui s’y trouvaient dispersés. La population de cet empire, essentiellement en sa partie européenne, comptait trente huit pour cent de Chrétiens relevant surtout des Églises orthodoxes. La petite Grèce ne fait plus partie de l’empire ottoman, elle compte moins de deux millions d’habitants et, si elle a récupéré Corfou, ne contrôle pas les autres îles. Dans les Balkans les pays à divers degrés sous domination turque.

Europe: possessions immédiates et protectorats Roumanie.
C’est le nom donné à l’union de la Valachie et de la Moldavie, cet état est sous une tutelle russo-turque. Quand Alexandre Couza Voda est renversé, le nouveau roi, Carol Hohenzollern, est de fait d’origine allemande, aussi, peu à peu, l’influence allemande chasse l’influence française.
Avec la complicité du pouvoir, des pogroms anti-juifs éclatent en Roumanie en 1872. La Grande Bretagne veut intervenir pour sauver les Juifs mais la Russie l’en empêche. En 1878 la Roumanie est alliée aux Russes contre les Turcs. La même année, le congrès de Berlin de 1878 consacre son indépendance mais exige qu’elle donne la citoyenneté aux Juifs. En 1900 la Roumanie compte 5,3 millions d’habitants dont 400 000 juifs, en particulier en Moldavie où ils constituent un tiers de la population. Malgré tout L’Empire Ottoman, principal client de la Roumanie, maintient son influence sur le pays.
Bosnie
La Bosnie est un Elayet de l’empire et l’Herzégovine n’est une partie de la Bosnie (herzeg signifie le duc, donc le duché) conquise par les Turcs en 1700. Les nobles, les Begs, se sont convertis à l’Islam. En 1875, sous l’influence du panslavisme, les orthodoxes se soulèvent et parviennent à battre l’armée turque. Tandis que les nouveaux Ottomans prennent le pouvoir à Constantinople, à Salonique, la France et la Grande Bretagne ayant soutenu politiquement la révolte, la foule musulmane massacre les consuls de France et d’Angleterre.
Bulgarie
En 1870, il y a 1,5 millions de Burgalos (3 millions en 1912) dont un tiers de musulmans. Aux convertis qui s’appellent les Pomaks, il faut ajouter les immigrants venus de Crimée. Les Agas musulmans tiennent les grands domaines. La reconnaissance de la nationalité bulgare suit la reconnaissance de l’Église nationale bulgare, l’Exarchat, en 1872. Avec la bénédiction des Turcs, l’expansion de l’Église orthodoxe bulgare va se faire en Macédoine aux dépends des Serbes et les Grecs. En 1873 il y a un comité révolutionnaire à Bucarest et, menée par Lewski et Stamboulov, la révolte qui éclate en 1876 est écrasée violemment par Chefret Pacha aidé des populations musulmanes: Circassiens, Pomaks, Bachi-bouzouks. Soixante dix neuf villages sont détruits et, dans la ville de Batak, il y a six mille morts sur sept mille habitants. On estime à vingt mille le nombre des victimes chrétiennes. Les résistants, les comitadjis, doivent se cacher dans les montagnes.
Serbie (Belgrade) et Montenegro dont la capitale, Cettigne, n’a que mille deux cents habitants,
En 1870: la Serbie compte un million deux cents mille habitants (ils seront deux millions en 1912). Si l’Empire ottoman n’y maintient plus de troupes depuis 1867, la Serbie n’a pas son autonomie diplomatique. En Juillet 1876, la Serbie et le Monténégro déclarent la guerre à l’Empire ottoman. Les serbes sont battus mais la Grande Bretagne et la Russie imposent un armistice. Inquiet de la suite possible des événements, le Foreign Office pousse le sultan à une paix modérée. Une guerre russo-turque suit les troubles des Balkans, la Russie a pour projet de créer une grande Bulgarie. Devant la menace d’une entrée en guerre, la France, la Grande Bretagne et l’Autriche soutiennent les Turcs. La Russie finit par céder et, en 1878, s’ouvre le Congrès de Berlin qui divise la Bulgarie en la Macédoine sous administration ottomane, la Roumélie, province autonome, et la Bulgarie vassale et tributaire du sultan
. Asie mineure
Elle regroupe les îles dont Chypre et Samos déjà à demi-indépendante, Erzeroum, le Kourdistan (djarkebir), Karpout, Alep, la Syrie, le Liban, l’Irak, la Palestine. L’Égypte, le Maghreb.
Chypre: «Qui tient Chypre tient les Dardanelles»; dés 1847, dans son roman, Tancrède ou la nouvelle croisade, Disraéli considère que la prise de Chypre est nécessaire. La décision arrive en 1878.
Jérusalem: La garnison ottomane doit en permanence combattre le caïd bédouin Amar ben Diab dans la plaine de Moab.
La Syrie: En 1905, les troupes de la sublime porte doivent combattre les Druzes aux environs de Damas.
L’Égypte: C’est un état vassal dirigé par le Khédive, vice-roi, le titre est héréditaire depuis que Méhémet Ali est devenu pacha en 1805. Après avoir chassé les mameluks et les mercenaires albanais, cet admirateur de Napoléon et prit des conseillers français pour moderniser l’Égypte (culture du coton, canne àsucre). Son petit fils, Abbas Hilmi, anti-moderniste, chasse les Français, favorise les Anglais avant d’être assassiné. Reprenant la politique de Mehemet Ali, son oncle, Saïd Pacha, appuie la construction du canal de Suez par Ferdinand de Lesseps dont le père était consul en Égypte en 1805. Le canal, qui se fait malgré l’opposition du sultan, va changer la donne géopolitique mondiale; visionnaire, Ernest Renan prévoit que de nouvelles guerres éclateront autour de ce canal.
En 1863, Ismaël Pacha dépend toujours de la Sublime porte qui, observant ses véleïtés d’indépendance, le met en garde et lui impose en 1869 de réduire son armée. La Grande Bretagne rachète au Khédive ses parts dans le canal de Suez en 1875 et en 1882, dirige de fait l’Égypte.
La Tunisie: Elle appartient à l’Empire ottoman; s’y trouve en 1870 une division turque de cinq mille hommes. Le bey Mehemed Sadik est investi par le sultan par un firman ( décret d’investiture) dans lequel il est il est qualifié de mouchir (général turc). L’influence de la France déjà présente en Algérie se fait sentir, l’armée tunisienne a des instructeurs français, aussi les Anglais favorisent-ils l’influence turque. Malgré cela, la Tunisie devient un protectorat français en 1882.
La Libye: Tripoli d’Afrique est dirigée par Mahmoud Nedin Pacha à la tête d’une troupe forte de cinq mille soldats turcs. Soixante dix ans auparavant le célèbre Youssouf Pacha Karamanli, d’origine turque, avait fait de Tripoli le cœur de la piraterie en Méditerranée. Lorsqu’il voulut rançonner les USA, Jefferson envoya la flotte des États-Unis bloquer les ports en 1803. Karamanli ayant capturé le Philadelphia, le président américain envoie les marines attaquer Tripoli. Les Italiens ont des vues sur la Tripolitaine et la Cyrénaïque.
Le Hedjaz:En 1884 les Ottomans mettent fin à l’état wahabite né un an plus tôt, il va renaître en 1901 avec la prise de Riyad par l’émir Abd el Aziz. S’y trouve aussi le Yemen.
Le Tanzimat (réorganisation)
Avec les conseillers du sultan, Ali Pacha, Fouad Pacha, Midhat Pacha, une politique de réformes se met en place en 1865 pour créer un principe d’égalité entre les diverses composantes de l’empire. Le gouvernement doit faire face à
une double opposition :
Oulémas, Derviches et Islamistes
En 1870, l’émir afghan Djemal al din Afghani enseigne à la nouvelle université. Celle-ci ayant fermé, il part au Caire et fonde le panislamisme révolutionnaire qui devra chasser les infidèles et «vaincre le poison européen». Le journal Basiret soutient l’idée que l’islam n’est pas seulement une religion mais aussi une nationalité, son rédacteur Esad Effendi publie en 1873 L’union de l’islam. Le panislamisme est porté à Constantinople par des émigrés tunisiens. En 1877, le journal Sabah prévient que trois cents millions de musulmans sont prêts à attaquer l’Europe. Djemal al din Afghani voyage sans cesse à Paris, à Londres, en Russie, à Kaboul, aux Indes; quand il revient à Constantinople en 1892,
Abdul Hamid règne sur l’empire ottoman. Autour de sa revue Le lien indissoluble Djémal crée une confrérie secrète destinée à rétablir la charia. A sa suite, Kawakibi veut faire de la Mecque le centre des associations islamiques internationales. Le salafisme est représenté par le grand mufti du Caire cheikh Mohamed Abdou puis par le Syrien Rachid Rida, créateur de la revue Al manar (le flambeau) en 1898.
Le Panislamisme.
Il est favorisé par les Anglais afin de contrer le panslavisme russe et se concilier les Indiens musulmans, En Chine, dans le Tarim, l’Empire ottoman soutient verbalement la révolte musulmane de Yaquoub beg, lequel dépèche un ambassadeur auprès du sultan. La révolte sera écrasée en 1877, tout comme celle du Khan de Khiva lorsqu’il se soulève en Oubékistan et projette d’envahir la Crimée ainsi que, à Sumatra contre les Hollandais, celle du Sultan musulman d’Atchin.
Nouveaux Ottomans, partisans du nationalisme turc
Influencés par la révolution française, par Napoléon et surtout par Introduction à l’histoire de l’Asie: turcs et Mongols des origines à 1435 du Juif Léon Cahun, ils sont turquistes. L’un d’eux en exil à Londres, Namik Kémal, parle anglais, français, arabe et persan. Il crée le journal Hurriyet (liberté), traduit Victor Hugo, Condorcet et d’autres auteurs français. Ses romans sont inspirés par Shakespeare, Hugo et Dumas fils.
Les nouveaux ottomans notoires sont: Zita bey, Nury bey, Ali Suavi.
Le nationalisme turc se heurte au nationalisme arabe.
Ziya Gokalp, un sociologue disciple d’Auguste Comte et de Dürkheim, préconise l’abandon de l’arabe dans la pratique religieuse. Quant à Mustapha Kémal, héritier du nationalisme turc, il ira jusqu’à écrire que l’islam est une greffe étrangère à la Turquie. Mustapha Riza de son véritable nom, il habitait dans le quartier Koca Kasim Pacha, un quartier de Deunmés, ces Juifs disciples du pseudo-messie Sabbetaï Zvi d’apparence convertis à l’Islam. Le futur Atatürk a fait ses études primaires à l’École Semsi Effendi (nom turc du directeur deunmé Simon Zvi). Les Deunmés sont la cible des Islamistes, dont ceux au pouvoir à Istanbul, anti-juifs et anti-laïques, qui aiment dire qu’Atatürk était un Deunmé alors que s’il a vécu prés d’eux, rien n’indique qu’il ait eu un Deunmé pour ancêtre.
Les Deunmés
Sur les tombes des Deumnés figure cette épitaphe: «j’ai caché, je n’ai pas dit mon souci, je l’ai fait dormir». Les Juifs de Salonique appellent les Deunmés «los sazanicos», les carpes, car ces poissons peuvent vire dans l’eau douce et dans l’eau salée ( et en plus ils sont muets!). En 1893, trois ans après l’incendie de 1890 qui laissa quinze mille Juifs sans abri ( plus deux mille réfugiés Juifs russes), le maire de Salonique, Nemli Zade Hamdi bey, est un Deunmé. Ce riche entrepreneur crée le quartier Hamidiye (en l’honneur du sultan Hamid) et aide à la création des quartiers Vardar et Kalamaria par l’Alliance israélite.
En 1914 les dix mille Deumnés de Turquie (Salonique, Brousse, Smyrne, Constantinople..) sont divisés en trois groupes, les Kuniozos (du nom Kounio, celui de leur chef ) fidèles à Sabbetaï Zvi mais restés Juifs, les Tarpuchis (enturbannés) et les Edirnelis convertis de façade, eux mêmes divisés en trois groupes: les Yacoubites (ou Arapados, c’est à dire les rasés) soit quarante trois familles représentant l’autorité suprême (Yacoub était le beau-père du prophète Sabbetaï Zvi), les Carachas (ou Honieros, ceux qui parlent du nez) qui sont les disciples d’Abdul Rahman Effendi) , les Kapandjis (Cavelludos chevelus).
La création du Lycée de Galatasay en 1868
Cent quarante sept places, soit la moitié de l’effectif, sont destinées aux musulmans, quarante huit aux Arméniens orthodoxes, dix neuf aux Arméniens catholiques, trente quatre aux Grecs orthodoxes, trente quatre aux Juifs, trente quatre aux Bulgares orthodoxes, vingt trois aux Catholiques. L’enseignement est fait en français, le directeur, un Français, se nomme De Salve. Le lycée doit faire face à l’opposition des religieux des diverses religions. Le lycée connaît des difficultés après la défaite de la France en 1870 à face à la Prusse. L’Université quant à elle ne durera qu’un an.
La Création de journaux:
A Constantinople seize journaux sont en turc (exemple: Ibret), sept en grec, quatre en français (exemple le Stamboul), un est franco anglais, un franco grec, deux sont arméniens et deux bulgares. A Smyrne deux sont en français, deux en grec, un en arménien, un en hébreu et espagnol.
L’armée
Sous l’influence de Houssein Avni Pacha, elle est bâtie sur le modèle prussien. En 1870 l’armée régulière compte cent dix mille hommes, les auxiliaires sont cent mille, les troupes irrégulières (Bachi-bouzouks) réunissent quatre vingt dix mille hommes; en cas de guerre, l’empire Ottoman peut mettre sept cent mille hommes sous les armes. Le service militaire dure entre trois et cinq ans; toutefois après cinq mois d’armée il est possible de racheter le temps qui reste. C’est une bonne armée car il y a de solides écoles militaires; le chef d’état- major, Murad Effendi est en fait l’Autrichien Franz Von Werner. Pour la marine Hobart Pacha est l’amiral anglais Hobart.
Protestants et catholiques
Les missionnaires protestants anglais et américains s’installent à Salonique, en Syrie, au Liban, en Palestine. Ils parviennent à convertir des Arméniens mais pas les Juifs au point que le pasteur Grosby écrit à sa hiérarchie: «je n’ai pu convertir les Juifs et je suis content qu’ils ne m’aient pas converti moi-même au judaïsme». Les Catholiques ne cherchent pas à convertir les Juifs qui vont dans leurs écoles; les sœurs de saint Vincent de Paul et les frères de saint Jean baptiste de la Salle sont plus perçus comme Français que comme Catholiques.
Dès 1876 l’instabilité politique et économique sape l’Empire
Trois sultans vont se succéder:
Abdul Aziz
Il a dilapidé l’argent de l’état en harem, palais somptueux et feux d’artifice. Détrôné par le parti Vieux turc lors de la crise économique, il se serait suicidé (itch!). Son neveu Mourad V qui lui succède est quasi-débile et ne peut gouverner, arrive alors le sultan rouge: Abdul Hamid II, dit le sanguinaire. Bien que vivant retiré avec ses femmes dans son harem du palais de Yildiz, Abdul Hamid joue un triple jeu politique:
1/ Il s’appuie sur les nouveaux Ottomans, en prenant pour secrétaires Zita Bey et Kemal Bey.
2/ Ayant fait état de son titre de calife dans la constitution de 1876 (un parlement fonctionne de mars 1877 à février 1878), il soutient le panislamisme du ministre tunisien Khaif al din Pacha voulant concilier Islam et civilisation occidentale.
3/ Obsédé par la peur d’un complot, à la suite du massacre des arméniens de 1896 (il y aura une tentative d’assassinat par des arméniens en 1905), il renforce son pouvoir absolu en organisant la délation, la censure et le crime politique, pour preuve, pour avoir fomenté une révolution de palais Ali Suavi ( à la fois islamiste et nouvel ottoman) est exilé puis tué dans un attentat et le vizir Midhat Pacha exilé est assassiné. On pense au proverbe judéo-espagnol : «Hoy vizir, amaniana rizil». Aujourd’hui Vizir, demain la risée de tous.
L’empire est en constant déficit budgétaire, le pays est sous-développé, le sultan doit gérer un pays malade qui dépend des capitaux des puissances occidentales.
1895: la crise financière met l’économie sous tutelle étrangère
Les capitaux français: De 1854 à 1880 les Français placent cinquante millions de francs or par an en fonds ottomans (19 millions après 1881). Les placements se font directement dans les entreprises (exemple: Oriental carpets), le plus souvent via des emprunts d’état ou des banques. Les tramways de Kadikoy et de Jérusalem (les turcs disent cheytan arabasi, carrosses du diable) appartiennent à des entreprises françaises ainsi que trente deux pour cent des chemins de fer (Trente huit pour cent à l’Allemagne): lignes Smyrne-Cassaba, Smyrne-Dardanelles, Damas-Jaffa-le Caire, dans ce cas cela s’explique car pour les Français tel Tardieu ou Leroy Beaulieu «la Syrie est un morceau de France». La moitié des ports est contrôlée par la France (Alexandrette, Beyrouth, Jaffa, Tripoli, Caïffa), idem pour les phares. Certaines mines sont aussi en partie contrôlées par Paris, exemple : la société Héraclée. Organiser le monopole du tabac est une spécialité française.
Le BTP est représenté par les sociétés Fougerolles, Loucheur, Grands travaux de Marseille; les sociétés d’eaux, de gaz et d’électricité, ensuite téléphone. La Banque ottomane franco-anglaise (Fould, Hottinger, Mallet) regroupe entre autres banques la Société générale, le Comptoir escompte, le CIC, Paribas, la Banque union parisienne, la Banque de Salonique. Le Crédit Lyonnais et le groupe Perier y participent en partie. Elle émet le papier monnaie Les Emprunts sont à huit pour cent, La France achète à la Turquie plus qu’elle ne lui vend, douze pour cent des importations turques viennent vient de France quand vingt sept des exportations y sont dirigées. Ces liens économiques font que neuf mille Français vivent dans l’Empire ottoman en 1913.
Bien sur d’autres puissances tentent de contrôler l’économie de l’empire, en 1890 arrive la Deutsche Bank; Anglais et Allemands s’associent pour chercher du pétrole à Mossoul.
L’administration est sous contrôle étranger:
L’administration de la dette publique contrôle trente pour cent des ressources, sel, alcool, tabac, timbres, douanes en partie. Les Tribunaux sont mixtes, il y a une poste française, les taxes et impôts doivent être approuvés par les puissances occidentales, Quand le gouvernement ottoman veut augmenter les droits de douane en 1900, le sept novembre 1901 il y a une intervention navale française à Métélin sur l’île de Lesbos (Rappelons que le marrane Alvaro Mendes redevenu Salomon aben Yaeche fut fait duc de Metelin par le sultan Murad III en 1585). L’amiral Caillard occupe la douane, obligeant le sultan à céder sur tous les points.
Abdul Hamid II a pour ami le turcologue juif hongrois Herman Bamberger, alias Arminius Vambery, alias Rachid Effendi, qui lui conseille de s’appuyer sur les Arabes, ce qui explique la construction du chemin de fer vers Médine en 1908, lequel sera sujet de conflit avec l’Angleterre a propos du golfe d’Akaba.
Les commerçants musulmans comptent sur le sultan pour freiner la concurrence juive et surtout arménienne. En 1894, les massacres d’Arméniens font entre cent et deux cents mille morts, il y a six mille morts à Stamboul en 1896, ces massacres vont se poursuivre.(En 1875 des Arméniens fanatisés ou intéressés ont organisé le massacre de Juifs à Alep ) Le vaisseau de guerre Ertogrul (un bateau école) que la Turquie envoie au Japon en vue d’une alliance ultérieure sombre en mer.
le mouvement Jeune Turc
En 1896, l’Albanais, Ibrahim Temo, s’appuie sur la franc maçonnerie italienne pour organiser un complot, complot qui va échouer. La même année le mouvement jeune turc naît à Paris avec le Comité union et progrès d’Ahmed Riza, non-violent, contre lequel, en 1897, la police du sultan dresse le nouvel ottoman Murat Bey partisan de la violence nationaliste. Le mouvement jeune turc se développe dans l’armée, parmi les fonctionnaires et les étudiants.
En 1909, la crise macédonienne précipite la fin de l’Empire
La Macédoine, avec Salonique pour principale ville, est une région composite11 où se mêlent Serbes, Albanais, Grecs, Bulgares, Koutzo valaques, Turcs, Juifs. 12 En 1894 le sultan limite l’action de l’exarchat bulgare en Macédoine, en réaction la Bulgarie dirigée par Ferdinand de Saxe Cobourg soutient les agitateurs et Sarafov utilise la formule «la Macédoine aux Macédoniens». la réaction des bachi-bouzouks est brutale, la guerre éclate, trois cent mille soldats turcs sont envoyés et la Bulgarie soutient les Comitadjis de Macédoine. En 1909, la situation est anarchique, la Bulgarie et la Grèce veulent s’emparer de la Macédoine. A Salonique, le comité jeune turc se forme autour de la société secrète militaire Vatan dont fait partie Mustapha Riza, le futur Mustapha Kemal, et de la loge maçonnique réunie chez un Juif sujet espagnol nommé Tolédo. Elle sera le point de départ à Salonique du parti Union et progrès. 13
En 1908 le comité impose le rétablissement de la constitution de 1876.
Niyazi bey prend Monastir, Enver bey se révolte à Salonique.
Le 13 avril 1909, pour contrer la tentative de coup de force des troupes réactionnaires islamistes favorables au sultan, le maréchal Mahmoud chevket lance le 3° corps d’armée sur Constantinople. Le parlement est instauré et en avril 1909 Abdul Hamid est détrôné. ( en 1912 il sera exilé à Salonique).
Son frère Mehmet V le remplace.
En juillet 1909 les jeunes Turcs ont le pouvoir, la situation est difficile et, face aux religieux qui les détestent et aux minorités qui s’agitent, ils restreignent les libertés, proclament l’état de siège, briment les huit millions de Grecs de l’empire ottoman, contrôlent les écoles religieuses. En 1909: le sultan reconnaît l’indépendance de la Bulgarie, et en 1911, ce sont les Italiens qui occupent la Libye, Rhodes et les îles du Dodécanèse.
L’idée de dépecer l’Empire ottoman fait son chemin.
Mahmoud Chevket, devenu grand vizir, est assassiné en juin 1913, le triumvirat qui dirige alors le gouvernement est nationaliste et dictatorial avec Talat Bey à l’intérieur, Djemal Bey à la marine, Enver Bey14 vice généralissime. Le ministre des finances, Djavid Bey, un Deunmé descendant de Baruch Russo, comprend que, s’il veut survivre, l’Empire doit trouver un accord avec les Arabes et les Arméniens. Il n’est pas écouté.
Notes:
11 d’où la fameuse salade macédoine imaginée par Curnonski
12 premier président de la nouvelle Macédoine, dite aujourd’hui Macédoine du Nord, le Juif de Stip Kiro Gligorov sera en 1995 victime d’un attentat islamiste.
13 Deux autres loges jouent un rôle: Veritas et Macedonia Risorta.
14 sa tante a épousé le sultan
En 1910, Mustapha Kemal est en mission en France où il épouse un française15, il commandera ensuite l’école des officiers de Salonique. Il attaque violemment Djavid Bey, lui reprochant d’ accepter la domination économique étrangère.
Il s’oppose à la politique germanophile d’Enver Bey qui a fait de Liman von Sanders l’inspecteur général de l’armée turque, de Von der Golz Pacha le commandant du corps d’armée de la mer noire, qui a laissé l’artillerie et les états majors de Djemal Bey et d’Enver Bey être dirigés par un ces Allemands.
1912 première guerre balkanique.
A cette occasion pour la première fois, les Juifs font leur service militaire. Ce sera une des causes de l’exil, ces guerres balkaniques ne sont pas les leurs même s’ils sont favorables aux Turcs. A propos des Juifs de Sadik Millet, Mustapha Kemal parle de «la nation loyale». Le cercle des intimes (club de l’élite juive) soutient les soldats turcs en 1890. Les Juifs célébraient la fête nationale turque, dite Dunanma, par des défilés, en décorant les maisons. Pourtant les Juifs restent sur la défensive si on en croit le proverbe «Turco no aharvo a Djudio. Y si lo aharvo?»
Serbes et Grecs et Bulgares affrontent les Turcs, il y a des victoires serbes (Koumanovo) et grecques en Albanie du nord et en Macédoine.
Tashin Pacha 16 capitule à Salonique, les troupes bulgares sont à Andrinople en mars 1913 (Kirk kilisse) mais leur l’avancée est stoppée par le choléra à Tchataldja. Au Traité de Bucarest, la Grèce garde Kavalla et Thasos en Macédoine.En Europe, La Turquie n’a plus que Constantinople et une petite partie de la Thrace. Enver Pacha prend le pouvoir à Constantinople.
La Grèce et la Serbie se partageant la plus grosse part du gâteau de Macédoine, la Bulgarie se sent flouée et en juin 1913, elle attaque la Serbie. La Roumanie appuyant militairement la Serbie et la Grèce, la Bulgarie est bientôt défaite et les Turcs en profitent pour reprendre Andrinople. La guerre se termine en août 1913 par le Traité de Bucarest.. Au Traité de Constantinople décembre 1913, la Turquie reprend les îles de Ténédos et d’Imbros, c’est à dire le contrôle de l’entrée des Dardanelles.
Mustapha Riza a combattu les Druzes à Damas en 1905, les Italiens en Tripolitaine en 1911, les Bulgares en 1912. Devenu Mustapha Kémal, «le parfait» 17 il ne va pas tarder à devenir Kemal Gazi en 1912 (le vainqueur). En1914 il est lieutenant colonel, attaché militaire à Sofia, son heure ne va pas tarder, bientôt il sera Kemal Pacha et enfin Atatürk, le père des Turcs.
Notes:
15 parente de Jacques Dubois, un ami époux d’Aline Horras.
16 Etait-il un deunmé comme Hasan Tashin (de son vrai nom Osman Nevres), le journaliste deunmé qui résista le premier au débarquement des Grecs à Smyrne et le paya de sa vie)
17 Le nom ottoman comporte le nom donné par les parents «asil adi», la qualité supérieure du personnage (Mehmet Ziya est devenu Gokalp, héros céleste, son nom de plume), «le mahlas», le titre, pacha, bey, «le lakab», le sobriquet venant de l’ethnie, de l’aspect (ex: le petit: kütchük) du métier, du lieu de naissance ou de vie, ou de passage.
Épilogue
Avec la fin de l’Empire ottoman et la naissance de la Turquie moderne, face à un avenir incertain où les nationalismes agressifs triomphent, beaucoup de Juifs vont choisir l’exil pour des raisons à la fois économiques, culturelles et politiques. Si une forte communauté demeure dans les Balkans et dans certaines villes de Turquie, l’avenir des Judéo-espagnols s’annonce désormais ailleurs, en France, en Eretz Israël, en Italie, en Égypte, en Argentine, en Angleterre, aux États Unis. A la nostalgie de l’Espagne perdue s’ajoutera celle de l’Empire ottoman, une nostalgie douce à la saveur d’un Baklava, très douce mais qui peut, hélas, au gré des circonstances, devenir écœurante.
